Une merde qui ne se dit pas: appel à traduction

Cela fait une heure et demi que m’agace une phrase de l’auteur dont je lis en ce moment les « Cuentos completos », le célèbre Alfredo Bryce Echenique. Celui-ci est connu pour son style oral, son regard ironique sur la société péruvienne, son passé parisien (il n’est pas sans partager cette dernière caractéristique avec le président actuel, l’ancien recteur de San Marcos, etc, la moitié de l’élite intellectuelle du pays). Sa relation avec la ponctuation est assez libertaire, et il aime introduire du discours direct dans le récit sans s’embarasser des correspondantes conventions typographiques. C’est un fait de style, qui ne doit donc pas poser de problème de traduction. La phrase suivante, cependant, m’ennuie [mon clavier ne connait pas l’accent espagnol] :

« Despues penso en Daughter y se dijo, Daughter, en la que me he metido. »[1]

 Je ne suis pas linguiste. De la traductologie, il ne m’a été donné de connaître qu’une introduction plus pratique que théorique : le cours de latin d’Alain Le Gallo, professeur exagérement brillant et narcissique, auquel ce post est un modeste hommage. Je reviens à la phrase… Pose problème le féminin: est évidemment sous-entendu « mierda » ou un équivalent. Le français, me semble-t-il, impose le neutre ou l’explicitation. Soit une alternative. Sur-traduction: « la merde dans laquelle… », ou sous-traduction: « ce dans quoi… ». Fait de style et fait de langue à la fois, il faudrait pour rendre cela en bonne méthode trouver un équivalent à « je me suis mis dans la merde », et ensuite soumettre cette expression à une déformation stylistique équivalente à l’ellipse faite par Bryce.

En tout cas, il y en a un qui est dedans, c’est l’ami Alfredo, qui a sur le dos depuis quelques semaines, des procès pour plagiat (voir, par exemple ici, ici, ou, plus sympathique pour l’auteur de La vie extraordinaire…, ). 

Le second terme du titre de ce billet est à prendre au premier degré. En particulier, si un(e) de mes ami(e)s auxquels il arrive parfois de se trouver dans une bibliothèque consultait une traduction française et m’indiquait la solution qui y est retenue, je lui offrirais au choix un bonnet péruvien ou une bière belge.

[1] A. Bryce Echenique, « En ausencia de los dioses », dans Cuentos completos, Lima, 2006, vol.2, p. 43

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4 Réponses to “Une merde qui ne se dit pas: appel à traduction”

  1. CJ Says:

    En français, on pense aussi (qui justifierait le féminin): ‘… dans quelle situation je me suis mis…’, ou encore ‘dans quelle impasse’…, ou même ‘dans quelle histoire…’
    L’idéal ne serait-il pas de garder le féminin du pronom sans préciser à quel nom il se rapporte? … ‘dans laquelle je me suis mis’ (en souligant ‘laquelle’ par l’italique ou des guillemets)…

  2. davidjo Says:

    Merci, CJ, pour votre message. Tout d’abord, après discussion avec des amis, il se pourrait que je me sois un peu trompé dans mon analyse: « en la que me he metido », où je voyais un fort effet d’oralité typique de Bryce (il faudrait compter le nombre des « hija/o de la gran puta » qui courrent ses textes, le plus souvent dans un discours indirect libre injecté « sans prévenir » dans le cours d’une phrase), est peut-être moins fort que je le pensais. Si chacun convient que « mierda » ou ‘algo asi » est sous-entendu, l’ellipse n’est pas le fait de Bryce mais celui de l’espagnol parlé, ce qui est important car il ne s’agit plus dès lors d’un fait de style, mais d’un fait de langue. On doit donc se contenter de chercher un équivalent dans la langue française. Si l’on estime, comme moi, que le français est plus grossier et moins elliptique que l’espagnol péruvien, on affirmera que la bonne traduction est « dans quelle merde je me suis mis »; si on ne le pense pas (et il y a sûrement de nombreux américanistes qui seraient monstrueusement plus qualifiés que moi pour faire ce genre de paris), « dans quelle embrouille… ».
    Votre proposition, « dans « laquelle » je me suis mis… » me parait un peu difficile à mettre en oeuvre. Même « celle dans laquelle je me suis mis » ne passe pas vraiment. Le personnage auteur ces mots ne les dit pas, il les pense, et son style n’est pas châtié: il est celui d’un écrivain latinoaméricain exilé aux Etats-Unis et que les Dieux ont abandonné, c’est dire. C’est une très bonne nouvelle, soit dit en passant.
    A un ami autochtone, A. L., fanatique de Bryce ayant oublié cette nouvelle, je réponds que non, il ne peut pas y avoir de jeu de mots, de double-sens grivois: Daughter est effectivement la fille du personnage, et leur relation, sans laisser d’être bizarre et peut-être malsaine, n’est pas incestueuse (ou il s’agit d’un inceste idéal, excluant le vocabulaire charnel).
    Affaire à suivre, car j’attends incessamment sous peu très bientôt une expertise professionnelle.

  3. Marie Says:

    Hello, on cherche, on cherche, mais ce n’est pas si simple de trouver une version française (et je ne suis pas la mieux placée qestion accès aux bilbiothèques !). Réponse bientôt j’espère…

  4. betanzos Says:

    ¡Hola!
    Pour les raccourcis clavier, voilà qui pourrait vous servir :
    á í ó ú ñ ¡ ¿ Ñ €
    ALT + 160 161 162 163 164 173 168 165 ALT Gr + E

    Quant au sens de « meter », voilà ce que je trouve dans la Real Academia (1) et qui pourrait convenir, mais faute de contexte, quand on n’a pas l’oeuvre en main, ce n’est pas certain :

    meter. (Del lat. mittĕre, soltar, enviar).
    /…/ 18. prnl. Introducirse en el trato y comunicación con una persona, frecuentando su casa y conversación.

    Un cordial saludo.

    (1) http://buscon.rae.es/draeI/SrvltConsulta?TIPO_BUS=3&LEMA=meter

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