Deux ou trois éléments d’histoire du Machu Picchu (XXe-XXIe siècles)

La campagne menée depuis quelques années en faveur de l’érection du site au rang de merveille de monde a suscité des réactions antagonistes. Largement soutenue par l’Etat et les agences de voyage qui y voient un moyen de promouvoir l’industrie touristique péruvienne, elle est critiquée par des individus issus du milieu des sciences sociales, notamment dans la blogosphère (exemple). Ils soulignent que cela ne ferait qu’accentuer encore le fossé entre le pays et un site archéologique et culturel exclusivement visité par des touristes étrangers, sans que soit maîtrisé l’impact sur la population locale. Vous pouvez votez. Auparavant, voici quelques notes de lecture tirées d’un article riche d’informations (mais dont les « problématiques » ne sont pas entièrement convaincantes – le texte est en outre assez mal construit): Mariana Mould de Pease, « Un dia en la vida peruana de Machu Picchu: avance de historia intercultural », dans Revista Complutense de Historia de America, 27 (2001), p. 257-279 (disponible en ligne).

 L’article s’intéresse à la figure célèbre de Hiram Bigham, le « découvreur » du site. Plus qu’au 24 juillet 1911 (arrivée d’Hiram au site), c’est au dimanche 17 octobre 1948, que renvoie le titre de l’article – « un jour dans la vie péruvienne du Machu Picchu » – qui se veut aussi un (lassant) rappel du fait que le Macchu Picchu n’a pas attendu Hiram Bigham pour exister, et qui oppose implicitement la nationalité péruvienne (et oui, le Pérou est  un pays inca) du site à celle plus anglosaxonne du docteur de l’université de Yale, etc.

Le 17 octobre 1948, Hiram revient au Pérou après 30 ans d’absence, et au milieu d’une cérémonie très officielle, inaugure la transformation du vieux chemin inca en piste pratiquable par automobiles. Laquelle route porte son nom. En 1924, le train reliait Cuzco à Aguas Calientes (un village transformé en ville-dortoir touristique). En 1975, 1982 et 1998, le gouvernement central tente d’imposer la construction d’un téléphérique: la population locale, ou plus précisément les autorités locales s’y opposent, à la fois parce qu’ils trouvent l’idée mauvaise et selon une logique institutionnelle de rapport de force centre/périphérie. Il est intéressant de noter que leurs victoires successives ont été essentiellement liées à des démarches auprès de l’UNESCO, et à l’intervention de cet organisme mondial. Deux mondialisations possibles ? Voilà pour une brève histoire événementielle des chemins d’accès au Machu Picchu.

 Dès le départ a été perçue une opposition entre deux cultures. Du coté des pays riches, une culture écrite, une culture du récit de voyages doté de certaines règles, une culture du bien-être économique. C’est ainsi qu’Hiram Bingham est prisonnier de sa propre culture, lui qui après avoir donné à voir Machu Picchu comme le lieu idéal d’une exploration solitaire de l’Amérique, a organisé le pillage du site avec la complicité de la classe politique (c’est l’origine d’une collection d’objets archéologiques conservée à Yale), lui organise son récit pour s’autoproclamer « découvreur » du site, lui surtout qui n’a jamais cessé de le regarder comme un lieu mort et statique, qu’il se devait d’incorporer à l’histoire universelle du monde. Dès 1913, pourtant, il savait que sa manière de procéder ne plaisait pas à tout le monde (correspondance), et de 1915 à 1948, il ne mit pas les pieds au Pérou. Son retour fut pourtant triomphal. Trois semaines plus tôt, un coup d’état militaire avait lieu. Deux semaines plus tôt, le second Congrès Indigéniste Américain est annulé par le nouveau pouvoir en place. Hiram Bigham était invité à cette réunion, dont l’annulation « supprima une bonne occasion d’incorporer le dábat archéologique, historique et anthropologique sur le Machu Picchu à la vie quotidienne du pays. » En 1961 était célébré le cinquantenaire de la « découverte », et on insista encore plus sur l’urgence de développer les infrastructures d’accueil.

« Entre 1948 et le nouveau millénaire s’est crée une large brèche entre l’histoire orale et l’histoire écrite de Machu Picchu. Cette brèche fut une petite fissure entre 1565 et 1911, qui commença à s’élargir et à s’approfondir quand Hiram Bigham s’y introduit. Dans les années 90, la même brèche a atteint des dimensions incommensurables dues aux manoeuvres politiques opérées depuis le secteur « tourisme » du gouvernement central à fin d’atteindre le contrôle de l’accès à Machu Picchu… »

Mariana Mould de Pease appelle à un dialogue inter-culturel sur Machu Picchu. C’est très à la mode.

Billet écrit à San Marcos avec en fond sonore deux plans: « I want to know what love is » (Foreigner, 1984); les cris de protestation d’une « manifestation » étudiante (je n’y vais pas, car elle ne change pas d’une semaine sur l’autre).

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8 Réponses to “Deux ou trois éléments d’histoire du Machu Picchu (XXe-XXIe siècles)”

  1. Guillaume Says:

    Apparemment le site devrait fermer pour un moment pour une renovation. je précise que si le Machu picchu fait parti des 7 nouvelles merveilles du monde, il y a une aide financière conséquente pour sa préservation…un bien pour un mal je ne sais pas!?
    de mon coté j’avais parlé de cette élection et de son engouement au Pérou: http://alixg.wordpress.com/2007/04/12/en-voila-une-election-bien-sympathique/
    Tu devrais t’acheter Peru.21 d’aujourd’hui, il y a un article intéressant sur le pillage des oeuvres inca ou precolombienne et comment le Pérou s’y prend pour les récupérer…j’ai juste eu le temps de le survoler…

  2. vincent Says:

    Bonjour !
    J’apprends des choses sur ce site, et je suis très étonné de sa « redécouverte » tardive…
    Et puis je constate la distance de tons entre un billet relativement « scientifique » (même si engagé) et une conclusion plus « directe »… sur un sujet très différent. A quand une description de ces « manifestations » (d’autant plus intéressante dans une perspective sociologique si elle ne change pas d’une semaine à l’autre) ?

  3. davidjo Says:

    Oulala, mon billet n’est ni scientifique ni engagé ! J’ai lu un article, qui lui est scientifque et engagé, où j’ai trouvé des informations intéressantes que je traduis et mets à disposition de mes amis. Nada mas. Pour rebondir sur le message de Guillaume, il est sûr que face à l’éternel dilemne entre le plus de sens et le plus de fric, il est très difficile de trancher: pas de fric, pas de Machu Picchu, pas d’emplois etc. Pour autant, les considérations portées par les détracteurs du tourisme à outrance sont tout-à-fait pertinentes. Le tout est maintenir un aller-retour suffisament régulier et huilé pour donner l’illusion d’une synthèse, et ne faire le sacrifice de rien. (là, c’est un peu obscur, ce que j’écris…). Je veux dire qu’il est faux de penser qu’on va trouver un juste milieu: les touristes sont là, où ils ne sont pas là. Pour le reste, on peut s’arranger pour qu’il y ait aussi des anthropologues, des spécialistes d’écologie, des micro-économistes etc. Allons, un exercice à travailler tous les jours: un touriste, un anthropologue, un touriste, un touristologue, un touriste, un sociologue, tappe dans tes mains, un touriste, un anthropologue…
    Quant à la manifestation, il n’y avait rien de spécialement méprisant de ma part. Si je sais qu’ils ne changent pas, c’est parce que j’y ai été plusieurs fois. Mais pour faire plaisir à mon vieil ami Vincent, je mettrais bientôt en ligne quelques photos de tracts et placards.

  4. tonio Says:

    Et il n’y aurait pas un moyen de protéger le Machu Pichu, de le laisser ouvert au public et en même temps d’intégrer les péruviens dans tout le processus… Qu’il puissent eux aussi bénéficier de cette merveille…
    Ce n’est pourtant pas très compliqué, il suffit d’un peu d’imagination et de volonté politique.
    Si mes souvenirs sont bons les populations locales ne sont pas contre le touriste, simplement elles sont souvent excluent de tout le processus qui l’entoure…
    Des heures à gouter les chicha pour faire cette conclusion très profonde!!!

  5. Guillaume Says:

    Bon tu fous quoi?? l’excuse que tu sois en France ne tient pas!! Il va falloir que tu rattrape le temps perdu…rien en un mois!! c’est quoi ce boulot? 😉

  6. Patxi Says:

    Mais que fout Davidjo?
    merde, un de mes bloggers preferes…
    Bordel, sors toi le doigt du Codex et reviens a la charge, num de dios…
    Patxi

  7. marcayuq Says:

    Hola!

    Hace mucho que no vemos comentarios tuyos en nuestro blog… ojala vuelvas a comentarnos, saludos desde ahora y la historia

  8. Immobilization Says:

    Somehow i missed the point. Probably lost in translation 🙂 Anyway … nice blog to visit.

    cheers, Immobilization

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