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Une merde qui ne se dit pas: appel à traduction

avril 14, 2007

Cela fait une heure et demi que m’agace une phrase de l’auteur dont je lis en ce moment les « Cuentos completos », le célèbre Alfredo Bryce Echenique. Celui-ci est connu pour son style oral, son regard ironique sur la société péruvienne, son passé parisien (il n’est pas sans partager cette dernière caractéristique avec le président actuel, l’ancien recteur de San Marcos, etc, la moitié de l’élite intellectuelle du pays). Sa relation avec la ponctuation est assez libertaire, et il aime introduire du discours direct dans le récit sans s’embarasser des correspondantes conventions typographiques. C’est un fait de style, qui ne doit donc pas poser de problème de traduction. La phrase suivante, cependant, m’ennuie [mon clavier ne connait pas l’accent espagnol] :

« Despues penso en Daughter y se dijo, Daughter, en la que me he metido. »[1]

 Je ne suis pas linguiste. De la traductologie, il ne m’a été donné de connaître qu’une introduction plus pratique que théorique : le cours de latin d’Alain Le Gallo, professeur exagérement brillant et narcissique, auquel ce post est un modeste hommage. Je reviens à la phrase… Pose problème le féminin: est évidemment sous-entendu « mierda » ou un équivalent. Le français, me semble-t-il, impose le neutre ou l’explicitation. Soit une alternative. Sur-traduction: « la merde dans laquelle… », ou sous-traduction: « ce dans quoi… ». Fait de style et fait de langue à la fois, il faudrait pour rendre cela en bonne méthode trouver un équivalent à « je me suis mis dans la merde », et ensuite soumettre cette expression à une déformation stylistique équivalente à l’ellipse faite par Bryce.

En tout cas, il y en a un qui est dedans, c’est l’ami Alfredo, qui a sur le dos depuis quelques semaines, des procès pour plagiat (voir, par exemple ici, ici, ou, plus sympathique pour l’auteur de La vie extraordinaire…, ). 

Le second terme du titre de ce billet est à prendre au premier degré. En particulier, si un(e) de mes ami(e)s auxquels il arrive parfois de se trouver dans une bibliothèque consultait une traduction française et m’indiquait la solution qui y est retenue, je lui offrirais au choix un bonnet péruvien ou une bière belge.

[1] A. Bryce Echenique, « En ausencia de los dioses », dans Cuentos completos, Lima, 2006, vol.2, p. 43

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