Archive for the ‘Livre’ Category

Un plagiaire par anticipation: Alphonse Esquiros

avril 12, 2007

Homme politique libéral, Alphonse Esquiros (1812-1876) s’exile après le coup d’Etat de 1851. Il rejoint d’abord la Belgique, puis passe en Angleterre. De Londres, il écrit des chroniques publiées dans La Revue des deux mondes et réunies progressivement dans une série de volumes édités par Hetzel et portant titre L’Angleterre et la vie anglaise. Dans une introduction, Esquiros définit son projet. Plagiant par anticipation Max Weber et Pierre Goubert (et véhiculant en fait un vieux cliché), il dit avoir d’abord été tenté par une réflexion sur la puissance et l’heureuse destinée des nations protestantes. « J’écartai pourtant ce point de vue jusqu’à nouvel ordre, et cela pour plus d’une raison. » Il n’en donne qu’une: le sujet de thèse est déjà déposé (« il y avait le danger de se rencontrer dans cette voie avec d’autres écrivains français qui avaient déjà signalé les grandeurs du gouvernement anglais »), mais en l’absence d’un fichier de Nanterre, on peut penser qu’il s’agit d’un faux motif, voire qu’en évoquant le thème, notre Alphonse n’a fait que consacrer à un passage obligé. Il poursuit:

« Abandonnant dès lors tout parti pris, toute idée préconçue, je me mis à étudier sans beaucoup d’ordre, et pour ainsi dire, comme ils me tombaient sous la main les feuillets épars qui composent le livre de la civilisation britannique. » (p. 6)

Le but de l’auteur est de lutter contre les préjugés – en particulier les préjugés nationaux qui forgent les inimitiés, mais pas uniquement:

« Il y a pourtant un préjugé beaucoup trop répandu et contre lequel je saisis cette occasion de protester. On se figure en général que les étrangers n’entendent rien aux affaires de leurs voisins et ne connaissent que leur pays. Je me demande si ce n’est point tout le contraire qui est vrai. L’habitude de vivre dans un milieu social, où l’on est né et où l’on s’enracine de jour en jour par la lente et incalculable puissance de l’habitude, émousse très légèrement la délicatesse des impressions. Juger, c’est comparer; or les éléments d’une comparaison manquent à la plupart de ceux qui veulent porter un jugement sur leur propre nation… » (p. 10)

D’une pierre, deux coups: anthropologie comme révélateur de ce que l’évidence a rendu invisible; perspective comparatiste. Parmi les textes d’Esquiros, on trouve des considérations sur « l’utilité sociale des petits métiers » londoniens, « chauvinisme n’est pas patriotisme » etc.

Je vais essayer de me procurer les cinq volumes sur E-bay. Je consulterais volontiers, aussi, un article de la French Review consacré à l’oeuvre d’Esquiros, mais cela attendra quelques mois.

Lima Calling: le Punk Rock est né au Pérou

mars 28, 2007

Le Jirón du Mariscal Miller, à sa cuadra 21, est le dépositaire d’une curieuse mémoire…

Punk rock au Pérou: Los Saicos

« EN CE LIEU EST NE LE MOUVEMENT PUNK DANS LE MONDE.
DEMOLITION !!!!!

Les Saicos, groupe de rock de Lince [un district de Lima] qui en 1964 ne jouait que des compositions.  
Le 15 mars 1965 ils enregistraient leur premier disque, un rock’n roll agressif et sauvage qui montrait une attitude sans précédent. A partir de ce moment, ils exerceraient une influence sur la musique, pour toujours.
Ils furent les premiers, dans toute l’Amérique du sud, à enregistrer uniquement des compositions personnelles, anticipant le son qui devait à la fin des 70’s dominer le monde: le PUNK ROCK.
40 ans plus tard, ils sont encore redécouverts par les nouvelles générations.
La municipalité de Lince reconnait leur mérite éternel [lit.: le mérite de ne pas avoir passé de mode], et les décore de sa plus haute médaille civique.
(…)

Cesar Dario Gonzalez Arribasplata
Maire du district de Lince

Lince, 27 mai 2006″

Plus d’infos sur ce groupe influencé par les Beatles, très commercial en son temps (et donc finalement peu punk), et dont la musique est effectivement assez « hard », sur la wikipedia  et sur un site de « hinchas » (fans) qui met en ligne quelques chansons.